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Timbuktu d'Abderrahmane Sissako

Posté par Frankie le 8 mars 2016 à 08:34 - Catégorie : , ,
avec Ibrahim Ahmed dit Pinot, Toulou Kiki, Abel Jafri

Résumé :
Dans Tombouctou occupée par les Jihadistes, la population essaie de vivre tant bien que mal malgré les interdits des islamistes...






Mon avis :
J'avoue que je n'aurais pas pensé à voir ce film s'il n'était pas passé récemment sur Canal +. Même si j'aime bien ce genre de cinéma ce n'est pas celui vers lequel je me tourne spontanément et le fait qu'il ait été récompensé aux César 2015 m'était passé au-dessus de la tête (même si j'avais vu la cérémonie). Je suis très contente de l'avoir découvert mais je dois avouer que je m'attendais à quelque chose de plus percutant, le réalisateur ayant choisi de montrer cette occupation islamiste de façon plus contemplative et réservée qu'accusatrice.

En 2012, la paisible Tombouctou est occupée par les islamistes radicaux qui y imposent la charia et interdisent aux habitants d'écouter de la musique, de fumer et de jouer au football tandis que les femmes sont mariées de force et priées de se vêtir correctement quand elles sortent. Les habitants vivent tant bien que mal ces exactions et essaient de trouver des échappatoires. De son côté, Kidane un berger, vit un peu loin de tout cela dans un campement à la sortie de la ville, en compagnie de sa famille et de ses vaches. Mais le jour, où le pécheur Amadou tue l'une de ses vaches, tout bascule...

Pas la peine que je vous fasse un topo sur les groupes islamistes qui sévissent de par le monde, les actualités le font bien assez. Le réalisateur a donc choisi de centrer son histoire au Mali là où AQMI a établi ses bases et terrorisé la population.

Tombouctou est un nom qui fait rêver. En tout cas, moi il me fait rêver. Il y a 30 ans, j'ai vécu (deux ans) au Togo et à l'époque on se baladait facilement dans l'Afrique de l'Ouest. Et un hiver nous sommes allés au Mali, nous avons vu Mopti et Djenné, deux villes magnifiques (enfin surtout Djenné) sur le fleuve Niger mais n'avons pu pousser jusqu'à Tombouctou (distante de 284 km) par faute de temps (ce n'était que de la piste) et cela restera un grand regret pour moi. Et savoir que cette ville (comme certainement les deux autres que j'ai citées) a été envahie par les islamistes est un crève-coeur pour moi.

Le réalisateur mauritanien a pris le parti de ne pas faire un film coup de poing. Tout est raconté de façon soft, poétique et humaniste. D'ailleurs, les islamistes ne sont pas forcément dépeints comme des monstres sanguinaires, ils sont plutôt bon enfants (au début), voire crétins. Oui mais des crétins avec la charia pour eux et des fusils et qui peuvent faire ce que bon leur semble. Alors, oui, c'est filmé comme une fable ou une gentille docu-fiction mais il n'en reste pas moins que ce sont des gens qui en lapident d'autres (une des scènes "choc" du film, même si on ne voit pratiquement pas de sang) et qui instaurent des tribunaux où tu peux être condamné à mort sans vrai jugement. Timbuktu n'est pas un film pamphlet et montre "la vie ordinaire sous l'occupation islamiste", mais au final, le résultat est le même, on est scandalisé par ce que vivent les habitants de la ville. D'autant plus que les envahisseurs ne parlent souvent pas la même langue que les habitants et il faut parfois un voire deux traducteurs pour communiquer.

J'ai beaucoup aimé la façon dont les habitants ne se laissent pas forcément embrigader. L'imam qui explique son islam aux djihadistes, les gens qui continuent à chanter et à jouer de la musique en cachette, les footballeurs qui jouent sans ballon, pour qu'on ne puisse rien leur reprocher ou encore les femmes qui refusent de porter des gants pour sortir ou des chaussettes et s'insurgent quand on veut leur imposer un mariage.

Et puis, en marge, il y a l'histoire de Kidane et sa famille. Histoire qui fait un peu office d'image d'Épinal, le touareg et sa jolie famille qui vivent oisivement sous la tente dans les jolies dunes de sable pendant que le petit vacher s'occupe du troupeau. Je ne peux pas dire que ces moments-là ne m'ont pas plu mais ça fait un peu carte postale. Sauf sur la fin qui prend une dimension plus dramatique.

Les acteurs sont plutôt naturels, je ne les connais pas, je ne sais pas si ce sont des professionnels ou des amateurs mais je les ai trouvés assez convaincants, même si parfois clichés.

La réalisation de Sissako est belle, j'ai juste appris que le film n'a pas pu être tourné à Tombouctou et le fut donc dans un village mauritanien. Ce que je regrette juste c'est qu'il donne l'impression que Tombouctou est vraiment un village avec des maisons en pisé et sans bâtiments modernes, alors que la ville compte quand même plus de 50000 habitants et quand on voit des photos de la ville, c'est vraiment une ville avec des grandes avenues et pas seulement un coeur historique avec un dédale de petites ruelles.

En conclusion, Abderrahmane Sissako a pris le parti de parler de l'occupation de Tombouctou par les djihadistes avec douceur et un brin de naïveté dans ce film qui ressemble plus à un conte qu'à un pamphlet, sans trop de sang ni de violence, même si on ressent la cruauté de la situation. J'ai trouvé le film touchant à voir, pas extraordinaire mais je comprends qu'il ait ému les occidentaux à commencer par les Français qui lui ont octroyé les César du meilleur film et meilleur réalisateur (plus son, musique, scénario original et j'en passe) il y a un an. En tout cas, si vous voulez voir une version moins anxiogène des exactions djihadistes que celles que l'on voit à la télé régulièrement, regardez-le.

Note :



Timkuktu fait partie du Film de la semaine 2016 de Benji
10/52

2 Comments


Il m'intrigue beaucoup ce film. J'ai failli aller le voir à New York, il y avait une projection organisée avec le réalisateur présent si mes souvenirs sont bons, mais j'ai pas pu y aller au final à cause du boulot :( Il m'était un peu sorti de la tête depuis, alors merci de l'avoir rappelé à mon attention.


C'est dommage que tu aies loupé cette projection. Ça devait être intéressant avec le réalisateur. Merci pour ton commentaire, Gilwen.

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