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07 octobre 2017

La dernière réunion des filles de la station-service de Fannie Flagg

Titre original : The All-Girl Filling Station's Last Reunion

Résumé :
À presque 60 ans, à Point Clear en Alabama, Sookie Poole a fini de marier ses trois filles et aspire à profiter de la vie avec son mari, même si sa mère de 88 ans, Lenore lui prend une bonne partie de son énergie. Mais voilà qu'un courrier destiné à sa mère et qu'elle a ouvert comme tous les autres, lui apprend un secret qui remet toute sa vie en question. Ses recherches l'emmène alors sur les traces de de Fritzi Jurdabralinski et ses 3 soeurs qui tinrent une station-service dans le Wisconsin pendant la seconde guerre mondiale...


Mon avis :
J'avais adoré Beignets de tomates vertes de la même auteure et lu il y a déjà 4 ans et demi (et dont il faut toujours que je voie l'adaptation ciné) et j'ai toujours eu envie de relire un de ses romans et retrouver cette atmosphère qui m'avait tant plu. Cette année, j'ai donc jeté mon dévolu sur cette réunion des filles de la station service, sans savoir du tout ce quoi ça parlait. Et j'ai n'ai pas été déçue car j'ai une fois de plus adoré l'histoire que nous proposait Fannie Flagg.

Avec l'automne qui s'installe et les jours pluvieux (oui même en Tunisie...), on a bien besoin d'un feel-good book et je dois dire que ce roman entre tout à fait dans cette catégorie. C'est un roman qui fait chaud au coeur, qui fait sourire, qui émeut, avec des personnages attachants et qui, de plus, narre une partie méconnue de l'Histoire de l'aviation américaine.

Comme dans Beignets de tomates vertes, il y a deux histoires en une. Celle actuelle (en 2005, en fait) qui se passe dans le Sud des États-Unis, en Alabama et raconte la vie de Sookie Poole, mère et femme au foyer, qui a toujours essayé de plaire à tout le monde et qui, après la découverte du secret la concernant, décide de vivre surtout pour elle (et son mari). C'est une histoire vraiment très sympathique à suivre, légère et amusante, pleine d'humour grâce à Sookie, ses réflexions et ses agissements (les trésors d'ingéniosité qu'elle déploie pour voir son psy sans que personne ne le sache). Mais au-delà de cela c'est aussi une réflexion sur la place de la femme au foyer ou les relations parents/enfants. Que ce soit la relation compliquée entre Sookie et sa mère ou celles, beaucoup moins tendues, avec ses enfants.

Et puis il y a la vie de la famille Jurdabralinski, famille d'origine polonaise établie dans le Wisconsin, à Pulaski, ville à majorité polonaise également. Une famille haute en couleurs avec ses 4 filles, dont la pétulante Fritzi, et le fils, et la guerre qui va permettre aux 4 filles de s'affirmer dans un monde d'hommes. Car quand les hommes vont à la guerre, il faut bien remplir le vide et les 4 soeurs vont s'occuper de la station-service et ensuite certaines vont entrer dans l'aviation américaine.

Car le roman c'est aussi une histoire méconnue, celles des Wasps, Women Airforce Service Pilots, pilotes femmes, dont le rôle a été tu pendant des décennies. Embauchée pour pallier le départ des hommes en Europe, elles ont servi de liaison, et ont été vitales à l'effort de guerre grâce à leurs talents de pilotes. Mais elles n'ont jamais été reconnue militairement et, même, leur groupe a été démantelé avant la fin de la guerre pour ne pas faire de l'ombre aux hommes. Ce n'est qu'en 1977 que les scellés ont été brisés alors que quelqu'un déclarait qu'on était en train de former les premières pilotes femmes, ce qui a rendu les vétérantes furieuses. C'est vraiment une partie passionnante à suivre et qui m'a énormément plu.

On pourrait penser que Sookie est le pendant d'Evelyn Couch de Beignets de tomates vertes car comme elle est femme au foyer dans le Sud des États-Unis. Et pourtant les deux femmes n'ont rien à voir. Evelyn était triste et désabusée, Sookie a, à 60 ans, une vie déjà bien remplie et heureuse et elle va aborder la deuxième partie de sa vie avec optimiste. Cette femme est vraiment une crème, et est très très gentille et attachante. Et pleine d'humour. Franchement, elle m'a souvent fait rire par ses réflexions.

J'ai aussi beaucoup aimé son mari avec lequel elle forme un couple très uni et formidable. Franchement, il est super.

La mère de 88 ans, Lenore, est un peu plus compliquée à aimer. C'est une femme exigeante sur tous les points, une mère qui l'est tout autant. Mais au fil des pages on arrive à la comprendre, à se rendre compte que cette mère parfaite à vécu dans des décennies et un endroit, le Sud, où la représentation et le statut social faisait tout. Et on se rend compte que si elle a été exigeante avec sa fille (Sookie), c'était sans doute sa façon de lui montrer, maladroitement certes, qu'elle l'aimait.

Parmi les personnages du passé, il y a bien sûr Fritzi, le trublion de la famille Jurdabralinski, femme avant-gardiste, personnage hors pair. Elle m'a rappelé par certains côtés Idgie de Beignets de tomates vertes, par leur faconde, cette façon d'être libre à une époque où les femmes sont cantonnées à un seule rôle, enfin deux, mère et épouse. Bien avant la guerre, Fritzi est une femme libre et qui fait ce qu'elle veut et l'entrée des États-Unis dans le conflit mondial va lui permettre de s'affirmer un peu plus. Ses soeurs sont plus en retrait mais elles dégagent aussi une belle aura de sympathie et vraiment j'ai adoré les voir à l'oeuvre dans la station-service familiale.

J'avais lu Beignets de tomates vertes en français, j'ai lu La dernière réunion... en anglais et vraiment c'est très très agréable à lire. Le style de l'auteur est tout à fait charmant, avec pas mal d'humour et pas vraiment difficile à comprendre. Si vous aimez l'auteur et lisez en anglais, n'hésitez pas à découvrir sa plume en version originale.

En conclusion, la dernière réunion des filles de la station service est un livre coup de coeur et doudou, qui se lit presque comme une conte de fée, même si certains personnages connaissent des épreuves. Mais il fait du bien, donne le sourire aux lèvres ou la larme à l'oeil, suivant les scènes et tous les personnages sont attachants, à commencer par Sookie Pearle ou encore Fritzi, la femme libre des années 40 et pilote hors pair. Franchement, si vous voulez passer un bon moment et voler dans le ciel en compagnie des Wasps, lisez-le.

Note :



Le roman fait partie du Challenge ABC 2017 de Nanet
20/26

et du Challenge Read in English 2016 - 2017 que j'organise
32

22 août 2016

Une symphonie américaine d'Alex George

Titre original : A Good American

Résumé :
En 1904, Jette et Frederick Meisenheimer quittent Hanovre pour s'installer aux États-Unis dans la petite bourgade de Beatrice dans le Missouri. Pendant un siècle, trois générations de Meisenheimer vont y vivre et connaître des joies et des drames et faire de l'Amérique leur patrie.



Mon avis :
J'avais vu ce roman chez Cajou il y a déjà un peu plus d'un an et le résumé ainsi que ce qu'elle en disait m'avaient beaucoup plu. Je l'ai donc inscrit à mon Challenge ABC et je l'ai lu en juillet. Cette chronique familiale m'a beaucoup plu, portée par des personnages attachants, une écriture fluide et la musique et l'Histoire américaine en toile de fond.

L'imposant Frederick Meisenheimer séduit la tout aussi imposante Jette en lui chantant la sérénade de sa belle voix de baryton. Mais la famille de la jeune femme est contre l'union de deux jeunes amoureux qui décident alors de fuir le Hanovre de 1904 pour émigrer en Amérique. Ils finissent par s'installer à Beatrice dans le Missouri où Jette accouche d'un garçon. Les Meisenheimer vont tout faire pour s'intégrer et devenir de bons américains dans ce pays plein de contradictions, où tout est possible et leurs trois générations vont connaître des épreuves et des drames mais aussi des joies avec toujours la musique en toile de fond, au cours d'un siècle marqué par la prohibition, deux guerres mondiales, le racisme de cette partie des États-Unis envers les noirs, la grande dépression des années 30, l'assassinat de Kennedy et la tragédie du 11 septembre.

Ce roman est donc l'histoire de cette famille allemande émigrée aux États-Unis. On y suit d'abord les grands-parents, puis leurs deux enfants, Joseph et Rosa ainsi que les 4 garçons de Joseph, la petite histoire se mêlant à la grande tout au long de ces cent ans. C'est une saga comme je les aime, joliment racontée où chacun va connaître des destins divers, parfois tragiques. J'ai beaucoup aimé suivre ces Meisenheimer et leur entourage, les habitants de cette petite bourgade, sudiste et encore marquée par le racisme envers les noirs... Ce qui donne lieu à quelques scènes assez sombres. La vie s'articule autour de la taverne des Meisenheimer, tenue par Frederick d'abord puis par Joseph, et qui va évoluer au fil du temps et s'adapter aux impondérables économiques pour peu à peu perdre son identité pour devenir elle aussi une "bonne américaine".

Car la toile de fond de l'histoire est l'intégration dans une Amérique où tout est possible. Une histoire d'émigration qui reste finalement d'actualité, puisque les Meisenheimer ont quitté leur pays (même s'il n'y avait pas la guerre à ce moment-là) pour s'établir ailleurs avec des rêves d'une vie meilleure, ce qu'on leur a accordé. Et c'est difficile de ne pas faire le parallèle avec tous ces milliers de migrants jetés sur les routes, espérant trouver un ailleurs où ils pourront aussi s'intégrer et avoir la chance que des millions d'autres ont eu les siècles précédents... Et quand on voit que certains oublient aux États-Unis qu'ils descendent aussi d'émigrants, ce serait bien de le leur rappeler parfois...

La musique tient également une grande place dans cette histoire (d'où le titre français), que ce soit la façon dont les Meisenheimer se sont rencontrés et le chant qui tiendra une grande place dans la famille au fil des générations, ou encore le jazz qu'ils découvrent à leur arrivée en Amérique et qui tiendra une grande place à travers l'un des personnages du roman.

Il y a juste un truc qui m'a laissée un peu de marbre, c'est une révélation qu'on a vers la fin du livre et qui, à mon avis, n'apporte rien du tout. L'histoire était très bien comme cela sans cette révélation qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe...

J'ai beaucoup aimé Jette et Frederick, davantage Frederick d'ailleurs, les pionniers si l'on peut dire de cette dynastie. Deux personnages fortement charpentés, au grand coeur et qui vont savoir allier leurs origines germaniques avec leur nouvelle patrie. Et j'ai apprécié qu'ils n'aient pas de préjugés racistes, que leur seule mode de vie soit de vivre correctement sans faire d'esbroufe ou de l'ombre à quiconque.

D'ailleurs, l'un de mes personnages préférés a été Lomax, un noir en butte au racisme mais qui va s'intégrer dans la famille des Meisenheimer, leur faire découvrir le jazz et devenir une sorte de mentor pour tous. Un beau personnage très attachant.

L'autre personnage que j'ai beaucoup aimé c'est Rosa, le 2e enfants de Jette et Frederick, un peu cliché dans le rôle de la tante célibataire revêche mais au coeur d'or mais qui a su me toucher énormément quand elle était petite et n'arrivait pas très bien à trouver sa place au sein de la famille.

Le narrateur du livre, c'est James, le 2e fils de Joseph, un garçon qui lui aussi a du mal à se situer et exister dans la famille et sa fratrie, il a un frère aîné et deux frères jumeaux plus jeunes et qui porte un regard aimant mais parfois teinté d'amertume sur sa famille, sa vie, ses envies et ses perspectives d'avenir. Ce n'a pas été mon personnage préféré mais je l'ai trouvé intéressant.

Joseph le père de James et premier né de Jette et Frederick, est intéressant aussi mais à la suite d'un drame on le sent plus en retrait de l'histoire.

Les autres membres Meisenheimer m'ont été davantage indifférents, le frère aîné de James est le garçon évidemment sérieux en tout, travail, mariage etc... et les jumeaux sont évidemment turbulents, un peu comme les jumeaux Scavo de Desperate Housewives :)

Le style de l'auteur est très agréable à lire en VO, il s'en dégage beaucoup de charme et sans faire de chichis Alex George nous immerge dans son histoire et celle des Meisenheimer au fil des décennies.

En conclusion, voilà un très beau roman sur une famille assez haute en couleurs, attachante, qui va s'efforcer de s'intégrer et devenir une bonne famille américaine mais tout en tirant une certaine fierté de ses origines. Et si vous voulez à votre tour découvrir Jette, Frederick, Lomax, Rose, Joseph, et tous les autres Meisenheimer, vivre en leur compagnie au rythme du jazz ou de l'opéra, et les suivre sur un siècle de grande Histoire, lisez-le.

Note :



Il fait partie du Challenge ABC 2016 de Nanet
18/26

et du Challenge Read in English que j'ai repris
http://www.lesescapadesculturellesdefrankie.com/2015/09/challenge-read-in-english-2015-2016.html
28

26 avril 2016

Les belles de Tunis de Nine Moati

Résumé :
De 1856 à 1956, 100 ans de la vie tunisienne sous domination française vécue par une famille juive à travers trois générations de femmes, Myriam, Maya et Marie.







Mon avis :
Il y a 4-5 ans, j'avais trouvé ce livre au Carrefour de Tunis et je l'avais acheté car l'histoire me tentait bien et j'ai déjà eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, je vis en Tunisie depuis bientôt 6 ans et ce roman avait donc une saveur particulière. Comme d'habitude, j'ai mis plusieurs années pour le sortir de ma pal et je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt car j'ai beaucoup aimé ces beaux portraits de femmes dans une Tunisie qu'on voit se construire au fil des pages...

 En juin 1856, née la petite Myriam dans le quartier juif et pauvre de la Hara. Les juifs tunisiens sont alors ostracisés et méprisés par la communauté juive livournaise plus riche et éduquée. Myriam va être recueillie quelques années plus tard par un couple d'Italiens qui va lui donner une éducation, tandis que la Tunisie passe de la domination ottomane au protectorat français. Maya, fille de Myriam et Moshé son ami d'enfance, naît, elle, au tournant du siècle, le le 1er janvier 1900. Elle va connaître deux guerres mondiales et les premiers soubresauts d'une Tunisie qui veut s'émanciper du joug français. Quant à Marie, fille de Maya et Serge, née en 1935, elle sait que l'indépendance de 1956 va sonner le glas de leur vie en Tunisie...

Le roman de Nine Moati raconte surtout la vie de la communauté juive implantée en Tunisie depuis des générations (dont la famille de Nine dont on connaît le frère, Serge, ou encore les Boujenah sont issus), dont les membres furent appelés Twansas et différents des Granas, juifs venants surtout de Livourne qui eux étaient plutôt opulents et avaient pignon sur rue. En revanche, jusqu'au protectorat français, la plupart des Twansas vivaient dans une sorte de ghetto, La Hara, dans la misère et étaient considérés comme des sous-citoyens. Ce ne fut qu'à partir du moment où la France occupa le pays qu'ils eurent les mêmes droits que les autres habitants.

C'est donc au travers de ces trois femmes (de mère en filles), surtout, mais aussi de toute la famille ou d'amies, qu'on découvre la vie de cette communauté, brimée souvent, haute en couleurs parfois. Myriam, Maya et Marie sont pourtant atypiques de leur communauté, plus éclairées, plus éduquées, suivant les traditions quand il le faut mais s'étant adaptées aux différents régimes que vit la Tunisie. J'ai beaucoup aimé suivre leur parcours, les voir rire, surmonter les embûches, aimer, souffrir parfois... Et la fin est bien sûr douce-amère car avec la décolonisation, vient l'heure du départ pour beaucoup qui ne se retrouvent plus dans la nouvelle Tunisie en devenir...

Car évidemment à travers cette chronique familiale, c'est 100 ans de la Tunisie qui vivent sous nos yeux. De l'occupation ottamane, avec ses palais beylicaux et ses femmes cloitrées derrière des moucharabieh et les luttes d'influence des pays européens (Français, Anglais et Italiens) pour avoir une part du gâteau, à l'occupation française puis à la montée du nationalisme avec l'essor du parti d'Habib Bourguiba. J'ai trouvé cela très intéressant (même si parfois c'est un peu cliché), notamment tout ce qui portait sur le protectorat français car aujourd'hui encore, on en voit les effets, que ce soit l'essor de la ville, les grandes avenues de la partie occidentale (on dit ville européenne maintenant), la création du TGM, ce train qui relie Tunis à La Marsa et qui existe encore et tous ces monuments et endroits que je vois encore quotidiennement. Car la ville n'a finalement pas beaucoup changé depuis plus de 100 ans...

Myriam, Maya et Marie sont de beaux personnages féminins, surtout les deux premières car l'histoire de Marie s'arrête alors qu'elle n'est encore qu'une jeune fille et est donc moins approfondie que sa mère et sa grand-mère, des personnages féminins sensibles, attachants que les épreuves n'épargnent pas mais dont la vie est intéressante. Autour d'elles gravitent d'autres personnages comme Moshé et Serge, les maris de Myriam et Maya, que j'ai beaucoup aimés pour leur intelligence et leurs combats et engagements et de nombreux autres, soeurs, amies de toutes cultures et confessions, qui sont trop nombreuses pour que je les cite.

L'écriture de Nine Moati est très agréable à lire, sa façon de raconter est un peu "image d'Epinal" au début, notamment lors de l'occupation turque mais cela donne une histoire haute en couleurs, puis plus dramatique par la suite. Le roman a été écrit en 1983 puis édité en poche pour la Tunisie en 2004.

En conclusion, voici une très belle chronique familiale sur trois générations de femmes avec en arrière-plan 100 ans d'Histoire de la Tunisie et son cosmopolitisme et qui m'a particulièrement touchée car elle m'a permis de mieux connaître le passé de ce joli pays dans lequel je vis. Et si vous voulez savoir quelles seront les vies de Myriam, Maya et Marie, ou comment la Tunisie va évoluer de 1856 à 1956, je vous invite à le lire.

Note :



Ce roman fait partie du Challenge ABC 2016 de Nanet
10/26