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Les belles de Tunis de Nine Moati

Posté par Frankie le 26 avril 2016 à 11:37 - Catégorie : , , , ,
Résumé :
De 1856 à 1956, 100 ans de la vie tunisienne sous domination française vécue par une famille juive à travers trois générations de femmes, Myriam, Maya et Marie.







Mon avis :
Il y a 4-5 ans, j'avais trouvé ce livre au Carrefour de Tunis et je l'avais acheté car l'histoire me tentait bien et j'ai déjà eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, je vis en Tunisie depuis bientôt 6 ans et ce roman avait donc une saveur particulière. Comme d'habitude, j'ai mis plusieurs années pour le sortir de ma pal et je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt car j'ai beaucoup aimé ces beaux portraits de femmes dans une Tunisie qu'on voit se construire au fil des pages...

 En juin 1856, née la petite Myriam dans le quartier juif et pauvre de la Hara. Les juifs tunisiens sont alors ostracisés et méprisés par la communauté juive livournaise plus riche et éduquée. Myriam va être recueillie quelques années plus tard par un couple d'Italiens qui va lui donner une éducation, tandis que la Tunisie passe de la domination ottomane au protectorat français. Maya, fille de Myriam et Moshé son ami d'enfance, naît, elle, au tournant du siècle, le le 1er janvier 1900. Elle va connaître deux guerres mondiales et les premiers soubresauts d'une Tunisie qui veut s'émanciper du joug français. Quant à Marie, fille de Maya et Serge, née en 1935, elle sait que l'indépendance de 1956 va sonner le glas de leur vie en Tunisie...

Le roman de Nine Moati raconte surtout la vie de la communauté juive implantée en Tunisie depuis des générations (dont la famille de Nine dont on connaît le frère, Serge, ou encore les Boujenah sont issus), dont les membres furent appelés Twansas et différents des Granas, juifs venants surtout de Livourne qui eux étaient plutôt opulents et avaient pignon sur rue. En revanche, jusqu'au protectorat français, la plupart des Twansas vivaient dans une sorte de ghetto, La Hara, dans la misère et étaient considérés comme des sous-citoyens. Ce ne fut qu'à partir du moment où la France occupa le pays qu'ils eurent les mêmes droits que les autres habitants.

C'est donc au travers de ces trois femmes (de mère en filles), surtout, mais aussi de toute la famille ou d'amies, qu'on découvre la vie de cette communauté, brimée souvent, haute en couleurs parfois. Myriam, Maya et Marie sont pourtant atypiques de leur communauté, plus éclairées, plus éduquées, suivant les traditions quand il le faut mais s'étant adaptées aux différents régimes que vit la Tunisie. J'ai beaucoup aimé suivre leur parcours, les voir rire, surmonter les embûches, aimer, souffrir parfois... Et la fin est bien sûr douce-amère car avec la décolonisation, vient l'heure du départ pour beaucoup qui ne se retrouvent plus dans la nouvelle Tunisie en devenir...

Car évidemment à travers cette chronique familiale, c'est 100 ans de la Tunisie qui vivent sous nos yeux. De l'occupation ottamane, avec ses palais beylicaux et ses femmes cloitrées derrière des moucharabieh et les luttes d'influence des pays européens (Français, Anglais et Italiens) pour avoir une part du gâteau, à l'occupation française puis à la montée du nationalisme avec l'essor du parti d'Habib Bourguiba. J'ai trouvé cela très intéressant (même si parfois c'est un peu cliché), notamment tout ce qui portait sur le protectorat français car aujourd'hui encore, on en voit les effets, que ce soit l'essor de la ville, les grandes avenues de la partie occidentale (on dit ville européenne maintenant), la création du TGM, ce train qui relie Tunis à La Marsa et qui existe encore et tous ces monuments et endroits que je vois encore quotidiennement. Car la ville n'a finalement pas beaucoup changé depuis plus de 100 ans...

Myriam, Maya et Marie sont de beaux personnages féminins, surtout les deux premières car l'histoire de Marie s'arrête alors qu'elle n'est encore qu'une jeune fille et est donc moins approfondie que sa mère et sa grand-mère, des personnages féminins sensibles, attachants que les épreuves n'épargnent pas mais dont la vie est intéressante. Autour d'elles gravitent d'autres personnages comme Moshé et Serge, les maris de Myriam et Maya, que j'ai beaucoup aimés pour leur intelligence et leurs combats et engagements et de nombreux autres, soeurs, amies de toutes cultures et confessions, qui sont trop nombreuses pour que je les cite.

L'écriture de Nine Moati est très agréable à lire, sa façon de raconter est un peu "image d'Epinal" au début, notamment lors de l'occupation turque mais cela donne une histoire haute en couleurs, puis plus dramatique par la suite. Le roman a été écrit en 1983 puis édité en poche pour la Tunisie en 2004.

En conclusion, voici une très belle chronique familiale sur trois générations de femmes avec en arrière-plan 100 ans d'Histoire de la Tunisie et son cosmopolitisme et qui m'a particulièrement touchée car elle m'a permis de mieux connaître le passé de ce joli pays dans lequel je vis. Et si vous voulez savoir quelles seront les vies de Myriam, Maya et Marie, ou comment la Tunisie va évoluer de 1856 à 1956, je vous invite à le lire.

Note :



Ce roman fait partie du Challenge ABC 2016 de Nanet
10/26

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