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23 décembre 2014

Outlander, tome 1 de Diana Gabaldon

Résumé :
En 1945, Claire Randall, jeune femme de 27 ans, se retrouve, lors d'un voyage en Écosse avec son mari, propulsée en 1743 où elle tombe nez à nez avec l'ignoble ancêtre de son époux. Elle est sauvée par des Highlanders farouches dont le beau Jamie...






Mon avis :
Si je vous avais parlé d'Outlander (Le Chardon et le tartan en VF) ne serait-ce qu'il y a un an, je n'aurais recueilli au mieux qu'un intérêt mesuré ou une indifférence polie Mais voilà, depuis, la première partie de la série télé a été diffusée en août et septembre et les aventures tumultueuses de Claire et Jamie ont provoqué un bel engouement pour la saga avec la réédition du premier tome chez J'ai Lu. D'ailleurs en mai 2010 j'avais posté un topic sur Livraddict sur la série qui avait eu un succès d'estime mais a repris de la vigueur il y a quelques mois.

Bref, j'ai découvert cette saga il y a 15 ans, avec les éditions en poche. J'ai avalé les premiers tomes puis j'ai attendu les sorties au fur et à mesure de leur parution. Il y a 8 tomes actuellement sortis en anglais, et une dizaine en grand format français et 13 en édition J'ai lu qui porte sur les 6 premiers tomes VO. Vous suivez jusque là ? :) C'est une saga qui est chère à mon coeur (si chère qu'en 2008, j'avais traîné mon mari en Écosse sur les sites de la saga comme Culloden, ou encore celui qui inspiré l'auteur pour son cercle de pierre) car elle allie une belle histoire d'amour, de l'aventure, un contexte historique intéressant et un soupçon de fantastique. J'avoue avoir une préférence pour les premiers tomes, les derniers m'ayant parfois ennuyée, même si j'aime toujours beaucoup. La série télé, dont je vous ai parlé dans mon bilan des séries récemment, m'a fait prendre conscience que j'avais oublié énormément de choses, pratiquement tout d'ailleurs, même si je me souvenais de la trame générale. Du coup, au lieu de lire le tome 7 VO que j'avais dans ma pal depuis presque 4 ans (j'en ai eu marre d'attendre la sortie poche VF de L'écho des coeurs lointains et je l'ai acheté en VO mais comme il faisait plus de 1000 pages, j'ai un peu "oublié" de le lire) et que j'avais inscrit à mon challenge ABC de cette année, j'ai décidé de relire toute la saga en VO et c'est pourquoi je me retrouve à chroniquer ce premier tome :)

Mariés depuis plusieurs années, Claire et Frank Randall n'ont passé que très peu de temps ensemble à cause de la guerre. En 1945, ils décident donc d'effectuer un voyage en Écosse afin de se retrouver et pour Frank d'effectuer des recherches historiques notamment sur son ancêtre Jack qui vécu au milieu du 18e siècle. L'Écosse est un pays âpre et plein de contrastes où ses habitants fêtent encore d'anciennes coutumes païennes. Un jour, les deux époux assistent à une de ces cérémonies dans un endroit mystérieux marqué par un cercle de pierre. Quand Claire y retourne le lendemain pour y chercher des plantes, elle bascule mystérieusement de l'autre côté d'une des pierres et tombe sur un combat entre ce qu'elle prend pour des figurants dans un film. Mais quand elle tombe sur un homme qui ressemble furieusement à son mari et qui cherche à l'agresser, la jeune femme doit bientôt se rendre à l'évidence, elle est maintenant en plein 18e siècle et cet homme n'est autre que l'aïeul de Franck, Black Jack Randall. Elle est sauvée de ses griffes par les Highlanders qui combattaient les Anglais auparavant et obligée de les accompagner au château de leur seigneur. Parmi eux, se trouve Jamie, un beau jeune homme aux cheveux de feu, qui est blessé et va bénéficier des soins de Claire, infirmière de son état... Plus ou moins prisonnière des Écossais qui la considère comme une espionne à la solde des anglais, la jeune femme voit s'éloigner peu à peu tout espoir de retourner à son époque et son mari...

Bon ok, j'ai fait un long résumé mais je vous rassure, ce n'est qu'une infime partie de ce roman qui compte 850 pages en VO.

 Amateurs d'aventures échevelées, vous risquez de rester sur votre faim. Car Outlander est un roman qui prend son temps. Diana Gabaldon pose son histoire avec force détails et quelques longueurs mais si on y réfléchit bien, il n'y a rien à enlever. C'est certes un peu long parfois mais on ne s'y ennuie pas tant on a l'impression d'être immergés dans cette Écosse du milieu du XVIIIe siècle. On découvre ces Highlanders farouches, accrochés à leur terre et décidés à la défendre coûte que coûte contre l'Anglais qui ne peut être que fourbe et cruel. On vit au coeur des clans, on apprend à connaître leurs coutumes et leurs usages. Pour le moment, nous ne sommes que dans les prémices de l'Histoire et la révolte semble encore bien loin. On sent que l'exaspération monte mais l'étincelle n'est pas encore là... Du coup, on est plus dans "scènes de la vie quotidiennes dans l'Écosse de 1743" qu'autre chose. Mais ce n'est pas dérangeant, en tout ça cela m'a beaucoup plu. J'ai vraiment eu l'impression, avec Claire, de vivre à Leoch ou Lallybroch.

Pour moi, c'est une lecture qui a été crescendo, à l'image de l'histoire d'ailleurs. une grosse première moitié qui sert d'introduction et qui est intéressante mais sans plus, et une 2e bien plus prenante quand Claire et Jamie sont pris dans le tourbillon des événements et que leurs vies sont en danger. J'avoue avoir alors dévoré la dernière partie (très sombre et assez dure parfois) et refermé le livre en ayant envie de me jeter sur la suite.

Ce qui fait le sel de cette histoire, bien sûr, c'est la romance entre Claire et Jamie. Belle parce qu'elle aussi va crescendo et fait palpiter notre petit coeur. Et comme Claire, on oublie vite le gentil Franck (enfin vite n'est peut-être pas le mot) pour tomber amoureuse du passionné Jamie. Une relation pas évidente car les caractères des deux amants sont explosifs et Claire, jeune femme moderne du XXe siècle, qui ne s'en laisse pas conter et se heurte souvent à l'obscurantisme des moeurs du XVIIIe envers les femmes Il y a d'ailleurs une ou deux scènes où les actes et l'attitude du jeune homme m'ont mise mal à l'aise et même heurtée. Je ne me rappelais pas avoir été autant choquée lors de ma première lecture... Mais à part ça, je fond devant l'amour des deux personnages.

L'aspect fantastique est très léger car mis à part le voyage dans le temps à travers les pierres, il n'y a, pour le moment, pas vraiment d'autres éléments...

J'aime beaucoup Claire Randall Beauchamp (de son nom de jeune fille et qu'on prononce Beechum ce que j'ai appris en regardant la série et en lisant la VO car dans la VF je n'avais pas souvenir qu'on ne prononçait pas Beauchamp, Beauchamp :)) Elle est tenace, courageuse (et du courage il faut en avoir pour ne pas péter les plombs quand on se retrouve hors de son confort douillet du XXe siècle et devoir vivre dans la boue et l'inconfort des châteaux écossais du XVIIIe) et elle a un sacré caractère (Et j'aime beaucoup qu'elle jure parfois comme un charretier en employant des expressions anachroniques :)). Mais en même temps elle est sensible et douce. C'est une héroïne comme je les aime, ni trop ni trop peu. :)

Jamie, lui, c'est l'Highlander dans toute sa splendeur :) Mais son personnage est quand même plus complexe que ça (sinon on ne l'aimerait pas autant), j'aime son innocence voire sa candeur pour certaines choses (notamment celles de l'amour, ce qui donne lieu à des scènes et des dialogues savoureux), sa gentillesse car gentil il l'est bien évidemment mais il a lui aussi un sacré caractère et une haute opinion de ce qu'il doit être ou pas être. Avoir trouvé Claire lui fait du bien, je pense car cela lui permet au fil du temps de mettre de côté son attitude macho. Mais ce personnage n'est pas défini non plus par sa romance avec la jeune femme, on aime qu'il soit Écossais et fier de l'être, fidèle à ses principes patriotes et à sa famille. Sans spoiler, c''est un personnage qui subit beaucoup de souffrances, physiques et psychologiques. J'ai dit plus haut qu'il y a des scènes sombres et dures vers la fin et cela m'a serré le coeur de le voir à plusieurs reprises subir autant de violences.

Frank Randall est bien pâle en comparaison. C'est un gentil gars mais il n'y a pas photo à côté du flamboyant Jamie. Quant à son ancêtre, c'est une ordure de première, il n'y a pas une once de lui qu'on peut aimer...

Même s'ils sont colériques, farouches et fiers, machiavéliques même, j'ai bien aimé Colum et Dougal MacKenzie, le premier, lord de Leoch, fine mouche et tête pensante du clan et le second, son frère, qui est son bras militaire, moins subtil mais intéressant aussi.

Dans ce premier tome, j'ai également bien aimé Geillis Duncan, une femme mystérieuse dont je ne veux rien vous dire. Lors de ma première lecture, il y a 15 ans, c'était déjà quelqu'un que j'aimais bien...

Je vous l'ai dit, j'avais lu ce premier tome (enfin les deux J'ai Lu qui constitue ce premier tome) en français et j'avais énormément aimé l'histoire et à l'époque le lire en VF ne m'avait pas dérangée. Mais là, je dois dire qu'en anglais, c'est quand même d'une autre teneur. C'est assez facile et moderne à lire (après tout Claire est pratiquement de notre époque) mais le style adopte le parlé écossais des highlanders quand ce sont eux qui s'expriment. Et là, accrochez-vous car c'est parfois un peu compliqué ! :) Mais au moins, c'est authentique (et puis on s'y fait vite), en tout cas plus qu'avec la traduction française où à part quelques expressions "faisant ancien", on avait l'impression que ces Écossais sortaient des salons de Buckingham Palace...

Deux mots sur la série télé (enfin la première moitié de la première saison puisque la seconde sera diffusée à partir d'avril). Je trouve que la série est très très fidèle aux livres, jusque dans certaines scènes voire dialogues même s'il y a des arrangements par ailleurs. Les acteurs correspondent parfaitement aux personnages, on a vraiment l'impression de voir le livre prendre vie. C'est vraiment une excellent adaptation.

En conclusion, ma chronique ne rend pas totalement justice à cet excellent premier tome de cette saga que j'affectionne particulièrement, même s'il m'a manqué une toute petite étincelle pour que ce soit un coup de coeur. Mais j'ai adoré redécouvrir les aventures de Claire et Jamie, assister à leur rencontres, vivre les moments de bonheur avec eux et eu mal lors des scènes plus difficiles. Alors si vous aussi vous voulez passer de l'autre côté des pierres et découvrir la vie des Highlanders du XVIIIe siècle, lisez-le !

Note :



J'ai lu ce livre en compagnie de Kincaid

Il fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
26/26
Challenge terminé et réussi !

Et il fait aussi partie du Challenge Un genre par mois d'Iluze
Ce mois-ci c'est l'indéfinissable et je trouve que Outlander entre bien dans cette catégorie
avec du fantastique, de la romance, de l'historique et de l'aventure
 12/12
challenge réussi aussi !

et également du Challenge Read in English d'Avalon
6

14 novembre 2014

Ruy Blas de Victor Hugo

Résumé :
Don Salluste, exilé par la reine d'Espagne pour avoir mis enceinte une de ses suivantes et refusé de l'épouser, cherche à se venger. C'est Ruy Blas, son valet, qui, à cause de son amour pour la souveraine, va être l'instrument involontaire de cette vengeance.





Mon avis :
Je connaissais les romans de Victor Hugo (du moins Les Misérables et Notre-Dame de Paris), un peu sa poésie mais je n'avais jamais eu l'occasion de lire une de ses pièces de théâtre. Cela faisait longtemps que j'avais envie de lire Ruy Blas, d'autant plus qu'il revient régulièrement dans les challenges Livraddict. Et puis je voulais voir comment Gérard Oury avait réussi à faire un film très amusant, voire un vaudeville (souvenez-vous La folie des grandeurs, Louis de Funès, Yves Montand, Alice Sapritch en duègne, le "Il est l'or, il est huit or" :D) de ce drame. Alors cette année, je l'ai inscrite à mon challenge ABC et j'avoue avoir beaucoup aimé cette pièce, presque trop courte.

L'ignoble Don Salluste ourdit sa vengeance. Il va être exilé de la cour par la Reine, pour avoir mis enceinte une de ses suivantes et avoir refusé de l'épouser. Il propose à son cousin, Don César, de l'aider mais ce dernier refuse. Qu'à cela ne tienne, il vend César aux Barbaresques et fait passer son propre valet, Ruy Blas, jeune homme naïf, pour son cousin. Ruy Blas, amoureux transi de la reine, va sans le savoir être l'instrument de la vengeance de Salluste.

Ruy Blas c'est un peu Game of Thrones à la cour des Grands d'Espagne. Comme dans bons nombres de ce genre d'histoires, il s'agit avant tout d'une histoire de pouvoir, de vengeance et sa cohorte de magouilles et complots. "Au jeu des trônes, tu gagnes ou tu meurs, il n'y a pas de juste milieu" disait Cersei Lannister dans l'intégrale 1 de la saga de Martin (oui on a les références qu'on peut ! ^^) s'avère ici une réalité.  Tous ces grands d'Espagne complotent les uns contre les autres, à commencer par Don Salluste. Les gentils, eux, font peu le poids face à son machiavélisme.

Je ne vais pas vous faire une analyse approfondie de la pièce, d'autres l'ont fait avant moi et tellement mieux et je ne m'en sens pas capable. Je dirai juste que j'ai pris beaucoup de plaisir à la lire, que j'ai trouvé l'histoire intéressante, même si j'ai trouvé parfois le contexte social et politique un peu complexe et brouillon. On comprend qu'à travers la cour d'Espagne, Hugo s'en prend au gouvernement de son époque mais n'étant férue ni de l'une ni de l'autre, ça m'est passé un peu au-dessus.

Ruy Blas c'est le représentant du petit peuple, leur voix. Quand il est en Don César et qu'il acquiert notoriété et pouvoir, c'est à travers ses monologues qu'il le défend. Et des loooongs monologues il y en a ! Pas inintéressants, non, mais très longs. J'ai pensé à tous ses acteurs qui avaient joué ce rôle et dû apprendre toutes ces lignes, et je leur ai tiré mon chapeau ! Car c'est un autre exercice que la tirade du nez de Cyrano ! Ruy Blas est attachant, naïf puisqu'il ne se rend pas compte qu'il est utilisé par Salluste et ne voit dans son changement de situation qu'un moyen d'atteindre la reine et de s'en faire aimer. J'ai beaucoup aimé ce personnage.

Don Salluste, lui, est un vrai méchant, un fourbe sans foi ni loi et sans principe si ce n'est celui de parvenir à ses fins. Tout au long de ma lecture, j'ai imaginé les traits de De Funès dans ce rôle et trouvé qu'il lui allait comme un gant (non pas que De Funès fut un fourbe mais il les jouait à merveille).

Don César, le cousin de Salluste, est un personnage sympathique qui apporte un peu de légèreté à ce drame. Il m'a bien plu.

La reine m'a beaucoup touchée. On ne peut que plaindre cette jeune femme étrangère (elle est allemande) exilée dans une cour rigide, surveillée par des duègnes qui planifie ses moindres mouvements et dotée d'un mari qui préfère la chasse à la couche royale. On comprend qu'elle ait envie de succomber à un jeune homme qui la regarde différemment et lui parle avec amour...

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Victor Hugo. Ici il écrit en vers et en alexandrins qui plus est. C'est peut-être rebutant pour certains et il faut effectivement parfois s'accrocher mais j'aime la musique qu'apporte ce genre d'exercice. J'ai été assez étonnée de la légèreté de la pièce. Je veux dire par là que c'est un drame, romantique, triste, et pourtant, ce n'est jamais pesant et on rit même souvent. C'est peut-être cela qui fait "passer" aussi bien l'ensemble.
La version que j'ai lue ne comportait pas que cette pièce mais une préface de Victor Hugo sur ses motivations à l'avoir écrite (mais cette préface existe dans toutes les éditions), ma fois très intéressante.

En conclusion, je n'ai pas grand chose de plus à dire si ce n'est que j'ai beaucoup aimé découvrir cette pièce célèbre et suivre les manigances de Don Salluste et les tentatives de Ruy Blas pour se faire aimer de la reine. Je dois dire qu'après Cyrano de Bergerac et cette pièce, j'apprécie ce genre de théâtre français. Si je le compare aux dernières pièces de Shakespeare que j'ai lues ces dernières années, je préfère de loin la tonalité française (et j'aurai l'occasion bientôt de le vérifier puisque je vais lire Othello du dramaturge anglais). Enfin bref, si vous souhaitez savoir si Don Salluste parviendra à ses fins, si Ruy Blas gagnera l'amour de la reine ou si, puisque c'est un drame, tout se finira mal, lisez cette pièce !

Note :



Cette pièce fait partie du Baby Challenge Théâtre de Livraddict
14/20
(10+4 jokers)

et du Challenge ABC 2014 de Nanet
25/26

Et il fait aussi partie du Challenge Un genre par mois d'Iluze
ce mois-ci : Classique ou Théâtre (j'ai cumulé les deux ! :))
11/12

08 novembre 2014

Visa pour Shanghai, une enquête de l'inspecteur Chen, tome 2 de Qiu Xiaolong

Titre original : A Loyal Character Dancer

Résumé :
L'inspecteur Chen enquête sur un meurtre d'un homme dans un parc quand on lui demande de servir de guide à Catherine Rohn, un agent du FBI qui vient ramener la femme d'un passeur qui va témoigner dans une histoire d'immigration clandestine. Mais voilà que la femme a disparu et Chen a autre chose à faire que servir de baby-sitter à une étrangère...


Mon avis :
Il y a deux ans, j'avais découvert l'inspecteur Chen, ce policier poète, dans sa première aventure, Mort d'une héroïne rouge, que j'avais énormément aimée. C'est avec grand plaisir que je l'ai retrouvé dans ce roman qui m'a encore beaucoup plu.

Pour preuve de bonne fois envers les autorités américaines, le secrétaire du Parti, Li, demande à l'inspecteur Chen, d'accueillir et d'épauler une femme du FBI, Catherine Rohn, qui va débarquer à Shanghai pour ramener aux États-Unis la femme d'un passeur qui doit témoigner contre un caïd de l'émigration clandestine. Mission qui ennuie Chen plus qu'autre chose car il enquête sur le meurtre d'un homme où les Triades pourraient être impliquées. Mais voilà que la femme du passeur disparaît et Chen est chargé de la retrouver rapidement...

Ce n'est pas tant les intrigues policières assez classiques qui font le sel de ce roman que tout l'univers dans lesquelles elles baignent. Car c'est bien ce Shanghai du début des années 90 qui est passionnant ! J'avais déjà eu largement l'occasion d'en parler lors de la première enquête mais c'est encore ici ce qui rend le roman si réel. Malgré le communisme, le Parti tout puissant, les chinois se tournent de plus en plus vers l'économie de marché, les vêtements occidentaux, les marchés parallèles et la contrefaçon et la ville est en pleine expansion. J'aime beaucoup ce choc des cultures car le société shanghaienne reste quand même assez traditionaliste dans sa vie quotidienne et subit le joug du parti pour de nombreuses choses (certains vivent encore à plusieurs dans un minuscule appartement), parti qui décide de tout, voit tout, mais on sent cette espèce de bouillonnement qui montre que la société évolue. Quand je parle de traditionalisme, c'est surtout dans la façon dont les gens s'adressent les uns aux autres, avec le respect dû aux anciens, une certaine déférence et une retenue très chinoises. Et comme dans le premier, la nourriture est très présente, j"ai eu très faim de cuisine chinoise tout au long de ma lecture ! :)

Pour ce qui est des intrigues, celle de la femme disparue et celle plus secondaire du meurtre, elles sont très solides, intéressantes et mettent en avant les redoutables triades, ce pouvoir parallèle à l'officiel et leur immersion dans toutes les couches de la sociétés. Du coup, pas facile pour l'inspecteur Chen de trouver la vérité (d'autant plus que le parti ne semble pas non plus très pressé d'avoir des résultats) et pour lui de naviguer dans les eaux troubles que sont les luttes de pouvoir et les magouilles tout en gardant son intégrité. On découvre des gens prêts à tout pour avoir une part du gâteau et j'aime bien que Chen reste ce policier droit dans ses bottes même s'il fait quelques concessions.

Ce roman est aussi l'occasion de mettre en avant le choc des cultures entre les États-Unis et la Chine, entre une agente du FBI qui ne comprend pas certains comportements chinois face à certaines situations et Chen qui bien qu'ouvert est profondément chinois. J'ai un moment cru qu'on allait avoir une romance entre les deux mais en fait, j'ai aimé la façon dont l'auteur a abordé leur relation, entre attirance et méfiance.

Chen est un personnage pour lequel j'éprouve beaucoup d'attachement. C'est le petit chouchou du Parti, qui est promis à un brillant avenir pour peu qu'il suive les directives, ce qui n'est pas gagné et c'est ce qui en fait un personnage tout à fait atypique. Il court pour le Parti mais il a toujours ce regard un peu ironique et détaché, comme s'il jouait le jeu mais pour mieux s'en servir et rester libre. Et puis, le fait qu'il soit poète et ai toujours des vers à la bouche en chaque circonstance le rend vraiment sympathique.

J'aime aussi beaucoup son collègue, Wu, qui lui est un pur produit de l'appareil chinois mais un fidèle allié de Chen. Et j'ai beaucoup apprécié ce que Chen fait pour son adjoint à la fin du livre (mais je ne vous dirai rien ! :))

J'ai également bien aimé Catherine Rohn, qui est un personnage évidemment anachronique dans ce pays où les femmes sont soumises et réservées. Elle c'est une femme américaine des années 90, sûre d'elle et battante.

Le livre se lit très bien, assez vite d'ailleurs et est très agréable. J'aime beaucoup le style de l'auteur ce mélange entre enquête policière et poésie qui donne une tonalité assez particulière, séduisante voire érotique par moments et très intéressante. 

"La douceur de la feuille de thé entre les lèvres
Tout est possible mais il n'y a pas de pardon"

En conclusion, une deuxième enquête qui m'a autant enthousiasmée que la première et où j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'inspecteur-poète Chen. Et si vous voulez savoir si la femme du passeur sera retrouvée et si cette affaire a un lien avec l'affaire du meurtre du parc, lisez-le ! Quant à moi, c'est sûr, je n'attendrai pas deux ans pour retrouver Chen !

Note :



Le livre fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
24/26

Et du Challenge Thrillers et Polars 2014-2015 de Liliba
qui a passé le flambeau à Canel 
4/8

28 octobre 2014

Le feu sacré de Katherine Neville

Titre original : The Fire

Résumé :
Alors que tout le monde pensait le Grand Jeu enterré depuis 30 ans avec les pièces du jeu de Montglane, voilà qu'il recommence et met la fille de Catherine Velis et Alexander Solarin au coeur de la tourmente...




Mon avis :
J'ai lu Le Huit il y a un sacré bout de temps, je dirai bien dix ans puisque la version poche est sortie en 2004. À l'époque, j'avais beaucoup aimé ce thriller ésotérique sur fond d'échecs et d'histoire d'amour. Puis j'ai lu un autre livre de l'auteur (Je ne sais plus si c'est Le cercle magique ou Un risque calculé :/) qui m'avait moins emballée. Quand la suite du Huit, Le feu sacré donc, est sorti en poche en 2010, je me suis empressée de l'acheter mais à l'époque, je n'étais plus dans le trip de ce genre de thriller et il est resté dormir dans ma Pal. Cette année, j'ai décidé de l'en sortir et je dois dire que ce beau pavé de 650 pages (le premier en faisait environ 900 tout de même...) m'a moyennement convaincue...

Vingt-ans après que ses parents ont enterré les pièces du Jeu de Montglane, la jeune Alexandra Solarin, jeune prodige des échecs, se rend à un tournoi en Russie avec son père. Ce dernier découvre ébahi un des pièces du jeu et est tué peu après. Dix ans après, Alexandra a abandonné les échecs mais sa mère, Catherine, la réunit avec d'autres protagonistes. Apparemment le Grand Jeu a recommencé...

Avec toutes ces années écoulées depuis ma lecture du Huit, il va sans dire que mes souvenirs étaient plutôt flous, voire inexistants pour pas mal de choses. Je me rappelais de ce Jeu de Montglane, les personnages principaux mais c'était à peu près tout. Mais cela ne m'a pas trop gênée pour aborder Le feu sacré. Surtout parce que c'est une nouvelle histoire même si on en reprend la même trame et certains personnages du précédent volume (que j'avais d'ailleurs totalement oubliés).

Ma lecture a été decrescendo. Au début, j'ai trouvé que ça partait très bien, c'était intrigant, assez haletant même. Au milieu, j'ai pensé qu'il ne s'était pas passé grand chose depuis le début. À la fin, j'ai levé les yeux au ciel.

J'avoue en fait ne pas avoir compris l'intérêt de la chose. Tout les personnages disent "oh la la, le Grand Jeu a repris" "oh la la c'est la Reine Noire, c'est la Reine Blanche" "Oh mon dieu, mon dieu, ces gens-là sont méchants, des vrais tueurs" mais je n'ai jamais vraiment eu l'impression d'un énorme danger. En fait, ça s'agite beaucoup pour pas grand chose à mon avis. Et l'auteur ne nous aide pas trop, déroulant une intrigue complexe, qui aurait pu être bien, mais noyant le tout avec des termes un peu abscons pour moi. Je n'y connais pas grand chose en échecs, j'y ai joué quand j'étais jeune mais c'était il y a longtemps, mais je n'avais pas eu cette impression de patauger quand j'avais lu Le Huit. Les thrillers ésotériques c'est bien mais il faut que ce soit accessible à tous ! :)

Ce qui est marrant c'est que l'héroïne reconnaît elle-même que c'est parfois un fatras incompréhensible : "Inutile de le dire, j'avais quelques problèmes pour m'y reconnaître dans les détritus mythologiques qui semblait encombrer ce scénario". Merci Alexandra de dire tout haut ce que l'ont pense tous ! :D

Ceci dit, on ne s'ennuie pas un seul instant. Ça bouge pas mal, il y a des rebondissements, des révélations (même si on dirait parfois qu'elles sortent de nulle part), de quoi tenir le lecteur en haleine pendant tout le livre. Comme pour le premier, il y a deux histoires, une se passant à notre époque (2003 en l'occurrence) et l'une se passant en 1822-23. On se demande évidemment pendant un bon moment quelles sont les ramifications entre les deux. J'ai trouvé la partie du passé assez intéressante mais un peu longuette parfois. Et que vient faire ici Lord Byron ?

Ajoutez à cela que l'auteur nous balance une histoire d'amour absolument pas crédible car beaucoup trop rapide. Alexandra et Vartan, son opposant aux échecs quand elle était jeune, passent une bonne partie du livre soit à ne pas être ensemble, soit à s'ignorer (enfin pour elle) et pouf tout à coup, ils s'aiment et pour la vie ! O-kay.... Même si ça sert la morale de l'histoire, l'amour plus fort que le pouvoir, je n'ai pas été convaincue du tout par cela.

Cependant, j'ai bien aimé Alexandra, aussi perdue que nous pendant un bon moment comme je l'ai dit, mais courageuse, entreprenante et sympathique. La digne fille de son père et sa mère, les héros du Huit.

Quant aux autres personnages, peu m'ont franchement marquée. J'ai beaucoup aimé la meilleure amie d'Alex, Key, aventureuse et toujours un bon mot ou un proverbe à la bouche. Il y a aussi quelques personnages emblématiques du premier tome comme Lily Rad ou Ladislaus Nim, l'oncle d'Alex et parmi les nouveaux, le patron basque haut en couleurs d'Alex.

Le style de l'auteur est agréable à lire quand elle se cantonne à son histoire, moins quand ça devient un imbroglio fumeux. Mais bon le livre se lit très vite malgré ses 650 pages.

En conclusion, un roman que j'ai trouvé assez moyen, assez sympa à lire par certains côtés, haletant même mais dont le mystère est trop complexe et brouillon pour être franchement intéressant. En tout cas, si vous voulez savoir si le Grand Jeu a vraiment recommencé et qui est la Reine Blanche, la Reine Noire, le Roi Blanc, le Roi Noir, bon je m'arrête là car apparemment les personnages le sont tous à un moment donné ou alors je n'ai rien compris, lisez-le ! :)

Note :



Le livre fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
23/26

Et du Challenge Thrillers et Polars 2014-2015 de Liliba
qui a passé le flambeau à Canel 
3/8

13 octobre 2014

Cher Boro, Les aventures de Boro, reporter photographe, tome 6 de Dan Franck et Jean Vautrin

Résumé :
Blémia Borowicz, reporter au grand coeur, est parachuté d'Angleterre dans le Sud de la France. Sa mission, surveiller les projets des Allemands, prendre des photos, rendre compte à la Résistance. C'est avec ses amis hongrois et la plupart de ses anciennes connaissances et en compagnie d'une jolie opératrice radio qu'il va s'acquitter de sa mission dans un climat de plus en plus dangereux...



Mon avis :
Si vous vous étonnez de voir une chronique d'un tome 6 alors que vous n'avez jamais vu les 5 précédentes, sachez que c'est normal ! :) Boro et moi c'est une vieille histoire d'amour que le temps a un peu distendue...  J'ai commencé à lire ses aventures à la sortie du premier tome La dame de Berlin en 1987, puis au rythme des parutions tous les 3-4 ans. Puis ce Cher Boro est sorti en 2005, j'ai dû l'avoir pour mon anniversaire en suivant (donc en 2006) et il est resté dormir dans ma Pal depuis ! Comme d'autres livres achetés à ce moment-là que je lirai sûrement un jour... Bref, à cette époque, je suis passée à autre chose et je l'ai un peu "oublié". Et puis cette année vous avez sans doute dû remarquer que j'ai fouillé dans ma vieille Pal pour le Challenge ABC et j'ai donc sorti ce Cher Boro. Retrouvailles fort sympathiques mais un peu en dents de scie... Évidemment au bout de 8-9 ans, pas facile de reprendre contact...

Petits spoilers sur les tomes précédents

Blémia Borowicz, dit Boro, jeune reporter d'origine hongroise équipé d'une canne suite à un accident étant adolescent, a assisté aux grands moments de l'histoire de ces 10 dernières années (1933 - 1943). Armé de son Leica offert par sa cousine Maryika dont il a toujours été amoureux, il a immortalisé une photo d'Hitler embrassant Eva Braun, en 1933 et assisté à la montée du Nazisme, déjoué les manoeuvres de la Cagoule, assisté à la guerre civile en Espagne, arrivant toujours à s'en sortir par une pirouette ou un coup de chance. Sa canne, dont il ne se sépare jamais suite à un accident étant jeune, et ses aventures lui ont valu l'amour de belles femmes, l'amitié indéfectible d'hommes de valeur et l'inimitié d'hommes puissants. Engagé dans la Résistance, il a réussi à gagner l'Angleterre.

Quand Cher Boro commence, notre reporter préféré s'apprête à être parachuté sur le Sud de la France pour y mener des missions de reconnaissance et d'intelligence. En compagnie d'une jeune opératrice radio au regard bleu-marine, il va s'acquitter de sa tâche, voyageant de Marseille à Paris, à Berlin ou encore les côtes normandes, retrouvant ses vieux amis de toujours et quelques femmes de sa vie mais devant faire preuve d'audace et d'ingéniosité pour échapper à ses ennemis de toujours qui souhaitent lui faire avaler son Leica et sa canne une bonne fois pour toute...

J'ai toujours beaucoup aimé Boro, j'adore le personnage, le côté roman feuilleton de ses histoires, l'humour, mais dans chaque tome, quelque chose m'a toujours retenue de vraiment adorer. Je ne me suis jamais vraiment ennuyée, non, sinon je n'aurais pas lu 5 tomes avant celui-ci, mais j'ai toujours trouvé certains passages historiques un peu longs. Et ici encore, même si c'est très intéressant, ça a été encore le cas. Je préfère de loin quand l'histoire se focalise sur Boro ou tout autre personnage.

Avec ce tome donc, les deux auteurs reprennent une recette qui a fait leur succès, mélanger la petite histoire et la Grande. Ici, la Grande c'est la Rafle du Vél d'Hiv, la rencontre avec Jean Moulin et son arrestation, la construction par les Allemands d'armes de destruction et bien d'autres choses encore. La petite ce sont les aventures de Boro, sa propension à se fourrer dans les ennuis et à s'en sortir d'une pirouette.

On ne peut nier que Franck & Vautrin ont effectué encore une fois un vrai travail de recherche et pour un peu, on s'y croirait dans cette France de 1943 occupée par les Allemands ! On a l'impression de prendre le maquis avec Boro, d'être suivi(e), comme lui, par des hommes de l'ombre, de devoir user de mille ruses pour ne pas se faire remarquer et échapper à leurs griffes.

Ce tome 6 est comme un best of de tous les tomes précédents. Comme je l'ai dit plus haut, c'est un peu la même recette qui est appliquée donc il n'y a pas grande originalité. C'est l'occasion de revenir sur des événements passés, de retrouver pratiquement tous les personnages emblématiques croisés depuis La dame de Berlin, un peu comme si c'était le tome final (même s'il y en a deux autres après). Personnellement, ça ne m'a pas trop dérangée car ayant lu le tome 5 il y a bien 10 ans, certains rappels ne m'ont pas fait de mal. Même si parfois, je me suis demandé qui était qui, où avait-on vu ce personnage, dans quelle situation, etc... Heureusement Wikipedia est aussi mon ami et m'a permis de me remettre plutôt bien dans le bain.

Boro,"Blémia pour le prénom, Borowicz pour le nom, Boro pour la signature", comme il aime se présenter, est le héros par excellence. On le compare parfois à Corto Maltese, autre aventurier bien connu. Beau comme tout, avec une petite claudication qui séduit et rassure les femmes, élégant, séducteur sans être goujat (il reste ami avec la plupart de ses conquêtes), aventureux et libre de ses opinions, un brin fantasque et l'humour et le compliment au bord des lèvres, on ne peut que l'aimer. J'ai beaucoup aimé le retrouver dans ses sixièmes aventures et voir qu'il était toujours égal à lui-même. En revanche, un truc m'a étonnée, il est dit ici qu'il a 30 ans, cela voudrait dire que dans La dame de Berlin il aurait eu 20 ans... Il ne me paraissait pas aussi jeune alors ou bien il était déjà très mature :)

J'ai beaucoup aimé retrouver certains personnages (que j'avais un peu oubliés à vrai dire) comme Scipion, l'ancien modèle pour artistes, chauffeur, d'origine africaine et maintenant garde du corps (et plus) d'une ancienne danseuse de chez Balanchine (chorégraphe célèbre) reconvertie en mère maquerelle. ou encore les deux compères (et photographes) hongrois de Boro, Béla Praskash et Pierre Pázmány, toujours dans les bons coups. Les vieux ennemis ne sont pas loin non plus comme Friedrich Von Riegenburg et son âme damnée Frau Spitz.

Une petite nouvelle fait son apparition, Bleu Marine, la petite opératrice radio qui va vivre quelques missions avec Boro. Pas grand chose à dire sur elle, elle est mignonnette comme la plupart des petites jeunes filles qui ont traversé la vie de Blémia.

L'écriture à quatre mains de Franck et Vautrin est agréable à lire, c'est très bien écrit mais j'ai quand même relevé quelques coquilles assez incompréhensibles dans ce genre de livre (comme ria pour rit - rire à la 3e personne du singulier au passé simple)... Les chapitres sont courts, le livre se lit assez vite malgré les petites longueurs dont j'ai parlé plus haut. Ah le gros plus, c'est quand même la couverture du dessinateur Enki Bilal qui a habillé tous les livres de cette série. Déjà, à l'origine, j'adore ses BDs et la couverture faite par lui était ce qui m'avait attiré quand j'ai découvert Boro avec La dame de Berlin.

En conclusion, malgré quelques réserves et sans doute un manque d'originalité, ce fut un réel plaisir de se replonger dans les aventures historiques de Blémia Borowicz dit Boro, de le suivre une fois de plus et après tant d'années au coeur de la grande Histoire. Et si vous voulez savoir si Boro arrivera à échapper à ses ennemis mortels et à mener à bien ses missions, lisez-le. Quant à moi, j'espère ne pas attendre 10 ans de plus pour lire ses deux dernières aventures.

Note :



Le livre fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
22/26

26 septembre 2014

La voix, une enquête du commissaire Erlendur Sveinsson, d'Arnaldur Indridason

Titre original : Röddin

Résumé :
Gudlaugur, portier et Père Noël d'un hôtel, est retrouvé assassiné dans le cagibi qui lui servait de chambre et dans une posture inconvenante. Erlendur est chargé de l'enquête et il s'installe à l'hôtel afin de ne pas se retrouver seul chez lui en cette période de fêtes de Noël...



Mon avis :
Voilà la 3e année que je lis un Indridason pour le Challenge ABC (et sûrement pas la dernière) et 3e année que je le lis à peu près au même moment, en septembre-octobre (je n'ai pas d'explication à part peut-être le fait qu'un polar nordique se lit bien au moment où l'automne arrive :)) Bref, j'ai retrouvé le commissaire Erlendur avec plaisir dans une enquête encore une fois très prenante.

Alors que les fêtes de Noël commencent à battre leur plein et que les clients affluent, un hôtel de luxe est le théâtre d'un assassinat. Un homme nommé Gudlaugur, portier et qui devait officier comme Père Noël au goûter des enfants, est retrouvé mort dans le cagibi qui lui tenait lieu de chambre dans une position pour le moins inconvenante. Le directeur de l'hôtel veut éviter toute mauvaise publicité mais Erlendur chargé de l'enquête n'en a cure et il s'installe à l'hôtel pour fouiner et éviter de se retrouver seul dans son appartement à l'approche de Noël...

Arnaldur Indridason nous offre une fois de plus un roman policier bien ficelé, efficace et prenant. Avec cette nouvelle enquête, pas de mauvaises surprises, mais pas de folle originalité non plus. On reste dans le bon vieux policier à l'ancienne, sans chichis. Mais bien malin qui pourra deviner qui est le coupable ! En tout cas, j'ai apprécié de ne pas avoir des indices gros comme des maisons qui me donnent la solution dès le début du livre.

Comme La femme en vert, l'intrigue principale n'est pas cousue de fil blanc et derrière le meurtre apparemment banal de cet homme se cache une autre histoire qui éclaire sous un nouveau jour la personnalité de la victime (et l'enquête). C'est intéressant, émouvant même parfois. C'est aussi l'occasion de plonger dans les combines de chacun, de mettre à jour la face cachée de cet hôtel et de l'Islande en général. Finalement qu'on soit en France, en Angleterre, aux USA ou en Islande, les affaires sordides sont partout les mêmes !

Dans ce livre, on ne suit pas seulement l'enquête principale mais aussi une 2e affaire, plus en retrait, qui recèle son lot de surprises également, et on approfondit la personnalité d'Erlendur. Dans le livre précédent, on avait appris le drame survenu dans son enfance et dont il porte toujours le fardeau et ici on en apprend davantage ce qui ne permet de mieux connaître l'homme derrière le flic.

Erlendur n'est pas forcément un homme sympathique (il ne s'est jamais occupé de ses enfants, qui le lui reprochent maintenant), il est distant, fatigué, désabusé mais dans La voix, j'ai trouvé que son côté humain ressortait quand même pas mal avec ses doutes et ses faiblesses et ses espoirs aussi. Je ne veux pas trop en parler car je ne sais pas comment cela va tourner mais j'espère qu'Erlendur va enfin trouver un peu de bonheur... En tout cas, c'est un enquêteur hors pair, opiniâtre (demandez à ceux qu'ils suspectent) et efficace.

Erlendur est accompagné de ses deux acolytes habituels, Elinborg (qui doit, en plus de l'enquête principale et de l'autre enquête annexe, s'occuper du repas de Noël de sa famille) et Sigurdur Oli. Pas grand chose à dire sur ces deux-là si ce n'est qu'ils complètent bien Erlendur.

On retrouve aussi Eva Lind, la fille du commissaire, qui va mieux que dans l'enquête précédente mais qui est toujours bourrée de problèmes, qui en fait rejaillir la faute sur son père (elle n'a pas totalement tort non plus), qui est tantôt touchante, tantôt agaçante.

Pas grand chose à dire sur les autres personnages, non pas qu'ils ne soient pas intéressants mais parce que ça n'apporterait rien à ma chronique et qu'il vaut mieux les découvrir en lisant le livre.

Le style de l'auteur est toujours agréable à lire, les pages se tournent vite, le livre de 400 pages se lit vraiment rapidement.

En conclusion, encore un très bon polar d'Arnaldur Indridason, auteur qui ne m'a jamais déçue jusqu'à présent ! Et si vous voulez savoir qui est la voix du titre et quel rapport avec le meurtre d'un père Noël d'hôtel à quelques jours des fêtes de fin d'année, lisez-le ! Quant moi, je pense évidemment lire la suite, pourquoi pas lors du prochain challenge ABC ? :D

Note :



Le livre fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
21/26

Il fait aussi partie du Challenge Thrillers et Polars 2014-2015 de Liliba
2/8

et du Challenge Fantasy/Thrillers de Licorne,
puisque ce sont les thrillers qui sont à l'honneur ce mois-ci
Thrillers
2/1

25 septembre 2014

Au-delà... Grandir après la perte de Sophie Davant

Résumé :
L'animatrice Sophie Davant a perdu sa mère d'un cancer lorsqu'elle avait vingt ans. Une blessure qui ne s'est jamais vraiment cicatrisée. Vingt-cinq ans après, en compagnie du doctor Christophe Fauré et d'autres spécialistes, elle revient sur le processus de deuil dont le sien et la prise en charge des malades...





Mon avis :
Vous vous demandez sûrement ce que fait une chronique de l'animatrice Sophie Davant sur mon blog et à fortiori pourquoi j'ai acheté son livre sorti en 2010 alors que je regarde rarement la télévision (à part les chaînes infos, les reportages/documentaires et le sport) et jamais ses émissions. La raison en est très simple et pour cela il faut que je vous raconte un peu ma vie.

Il y a plus de trente ans, Sophie et moi avons été étudiantes dans la même fac de Bordeaux, dans les mêmes TD d'anglais et nous étions même assises à deux places l'une de l'autre. Je ne pense pas qu'elle se rappellerait de moi mais moi, j'ai toujours suivi son parcours. Donc nous étions en fac ensemble et avions des copains communs. Mais c'était une fille que je trouvais assez lointaine voire hautaine et je ne l'appréciais pas plus que ça. Puis, après mes études, je suis partie 2 ans à l'étranger et quand je suis revenue, elle était devenue présentatrice de la météo sur Antenne 2 (France 2 maintenant), puis a fait la carrière que l'on connaît.

En 2010 donc elle sort ce livre et je m'aperçois qu'elle a perdu sa maman à l'époque où nous étions en fac ensemble et je me suis dit que cette tragédie expliquait peut-être son comportement d'alors. De plus, j'avais aussi perdu ma mère quelques mois auparavant (en 2009) et j'ai pensé que son témoignage m'aiderait peut-être. Mais c'était encore trop tôt pour moi et j'ai laissé le livre dormir dans ma Pal. Cette année, je me suis enfin décidée à l'en sortir et je dois dire qu'il m'a effectivement donné une toute autre image de la Sophie de vingt ans et que j'ai été très touchée par son témoignage.

Dans ce témoignage très digne et plein de pudeur, Sophie Davant se raconte et se dévoile. C'est d'abord une autobiographie sur sa vie, son enfance près de Bordeaux, sa famille, ses études, sa carrière. Carrière qui n'aurait sans doute pas été la même sans le décès de sa maman. Elle explique très bien que cette mort a été le moteur de tout ce qui l'a fait avancer ensuite, les prises de risque, l'envie de se dépasser. Sans sa mort, elle serait sans doute restée dans son cocon à travailler on sait où à Bordeaux. Elle se raconte donc et on découvre une Sophie humaine loin de la jeune fille hautaine que je connaissais.

"Au bout du compte, je me sens seule, dévastée, en mal de protection et de sécurité. Je suis en décalage, déphasée par rapport à l’insouciance de mes copains de fac. Bref, ça ne va pas fort."

On se rend compte alors qu'à l'époque, elle s'est forgée une carapace et je regrette de ne pas l'avoir compris à ce moment-là...

Cette autobiographie est entrecoupée de témoignages plus médicaux. Sophie est allée voir des spécialistes pour savoir comment on accompagnait les malades et leurs familles, de nos jours, ce qu'il en était des soins palliatifs, peut-être pour éteindre cette espèce de culpabilité qui nous étreint tous devant la perte d'une personne chère, "aurait-on pu faire mieux ?"... J'ai aussi beaucoup aimé ces parties-là qui "légitiment" en quelque sorte son témoignage. Cela m'a assez rappelé le livre de Temple Grandin (une autiste devenue spécialiste de la douleur animale) que j'avais chroniqué ici et qui elle-aussi s'appuyait sur des spécialistes pour raconter son parcours et son handicap.

Le livre est bien écrit, on sent la journaliste derrière son écriture simple et sans chichis mais pas simpliste. Certains passages m'ont énormément touchée, notamment et évidemment ceux se rapportant à la mort de sa maman (qu'on ait 20 ans ou 45, la mort d'une mère chérie est toujours une déchirure qui ne se referme jamais vraiment malgré les années qui passent...) et ces années où nous nous côtoyions...

En conclusion, si vous voulez découvrir qui se cache derrière le sourire de télé de Sophie Davant, lisez cette autobiographie et surtout son témoignage touchant qui parlera à tous ceux qui ont perdu quelqu'un de proche...

Note :



Il fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
20/26


C'est aussi  le livre que j'ai choisi pour le challenge d'Iluze Un genre par mois
Ce mois-ci : Essai et non-fiction
 9/12

17 septembre 2014

Le destin miraculeux d'Edgar Mint de Brady Udall

Titre original : The Miracle Life of Edgar Mint

Résumé :
Edgar Mint a sept ans quand le facteur lui écrase la tête avec sa voiture. Miraculeusement ressuscité par un médecin opiniâtre, Edgar va passer les quelques années qui suivent à côtoyer des gens hauts en couleurs, à vivre bien des mésaventures mais s'en sortant toujours avec plus ou moins de bonheur...



Mon avis :
Quand il a fallu faire ma liste pour le Challenge ABC de cette année, j'ai eu envie de changer d'auteur pour la lettre U (pour rappel, j'avais lu deux romans de Claire Ubac les années précédentes) et comme j'aime les romans contemporains américains, mon choix s'est porté sur ce premier roman de Brady Udall paru en 2001 et que beaucoup ont comparé à John Irving et son Monde selon Garp. Je ne sais pas si c'est le cas (ma lecture du Monde selon Garp remonte à il y a plus de trente ans), mais j'ai beaucoup aimé l'histoire de ce petit garçon miraculé.

Edgar Mint est un petit métis dont le père blanc pris la fuite avant qu'il ne naisse et qui fut élevé par une mère apache alcoolique et une grand-mère irascible. Un jour, il a sept ans, Edgar pose, on ne sait pourquoi, sa tête derrière la roue du véhicule du facteur qui repart sans l'avoir vu et l'écrase. Donné pour mort, il est sauvé par un médecin un peu farfelu, Barry. Edgar va passer des mois à l'hôpital avec pour compagnons de chambre Art et Jeffrey, deux vieux fracassés par la vie puis passer 4 ans dans un pensionnat pour jeunes indiens où il sera le souffre-douleur de brutes. Grâce à sa rencontre avec deux missionnaires mormons, et contre l'avis de Barry le médecin devenu junkie et un peu barjot mais qui garde un oeil sur le jeune garçon, il va être recueilli par une famille mormone bien sous tous rapports, en apparence. Malgré les mésaventures qu'il traverse au cours de ses années-là, Edgar arrive toujours à s'en sortir, portant un regard lucide et ironique sur le monde qui l'entoure et ne se séparant pas de sa fidèle machine à écrire, une Hermes Jubile, qui lui permet de mettre en mots ce qu'il ressent...

En lisant mon résumé, vous avez sans doute l'impression que j'en ai dit beaucoup mais je vous rassure, je n'ai fait qu'évoquer les grandes lignes de ce roman de plus de 400 pages en VO. Et je ne vous ai pas parlé de la fin, que je me garderai bien de dévoiler si ce n'est pour dire qu'elle est surprenante et remet en perspective tout ce qui est arrivé à Edgar depuis ce jour fatal.

Le livre est divisé en quatre parties, une pour chaque période clé de la 2e vie d'Edgar. J'ai beaucoup aimé la première partie, celle sur l'accident et le séjour à l'hôpital, qui a un ton joyeusement burlesque et décalé face à des situations qui ne sont pas toujours drôles. Les personnages dans cette partie sont hauts en couleurs, comme Art, Jeffrey et Barry et on s'amuse beaucoup à les suivre.

La deuxième partie au pensionnat est plus sombre, on se croirait presque dans un roman de Dickens. Le pensionnat est le miroir de la misère sociale qui règne dans cette partie de l'Amérique et au sein de la communauté indienne. Edgar, après avoir été chouchouté à l'hôpital, va y faire le dur apprentissage de la vie, connaître les exactions des gros durs mais toujours garder une espèce d'optimisme et porter un regard assez ironique sur le monde qui l'entoure. Ce n'est pas la partie que j'ai préférée, parce que d'une part je l'ai trouvée un peu longue et d'autre part un peu redondante. Ok Edgar se fait maltraiter, Ok il se réfugie dans "l'écriture" avec sa machine à écrire, c'est touchant, c'est souvent triste mais au bout de 10 fois on a compris !

La partie 3 voit  Edgar partir pour une vie meilleure, enfin, à priori mais il va s'apercevoir que derrière les façades bien pensantes des familles mormones, tout n'est pas rose.

Quant à la partie 4, je ne vous en dirai rien, je l'ai déjà dit ! :)

Je me suis demandé tout au long du livre à quelle époque se passait cette histoire. Se déroulant dans le sud profond, en Arizona de prime abord, difficile de mettre une date. Le roman pouvait très bien se passer entre les années 50 à 90 (le livre a été écrit en 2001). Pour ma part, je penchais plutôt pour les années 60 ou 70. Et puis à un moment Edgar évoque la série Hawaï police d'état (pas la version actuelle) qui fut diffusée aux USA entre 1968 et 1980. J'avais vu juste ! :) Ce n'est pas très important pour apprécier le roman mais j'aime bien savoir :)

Edgar Mint est donc un petit garçon, puis un ado, touchant et émouvant. Quand on voit ce qu'il lui arrive tout au long de ces années post-accident, on se dit qu'il a vraiment de la chance de s'en sortir pratiquement indemne. J'ai bien aimé son caractère, cette façon un peu détachée de porter son regard sur sa/la vie, sur certains événements, tout en restant quelqu'un qui a du coeur. Il n'accorde pas facilement sa confiance et son amitié mais quand il le fait, c'est pour la vie, comme avec Art ou encore Cecil un autre jeune élève du pensionnat et devenu son meilleur ami.

Barry, le médecin un peu dingue, est un peu le mauvais génie d'Edgar. Sous prétexte de bien faire et se sentir redevable de la vie d'Edgar, il va souvent lui en faire voir des vertes et des pas mûres.

Parmi les autres personnages, j'ai beaucoup aimé Art, Cecil ou encore, dans une moindre mesure, la fille de la famille mormone qui recueille Edgar. Le fils, surdoué, est intéressant aussi, même s'il n'est pas très sympa.

Le style de l'auteur est bon, pas trop difficile à lire en anglais. J'ai surtout beaucoup aimé l'atmosphère et le ton qui se dégageait de ce roman, quelque chose qu'il m'est difficile de décrire par écrit.

En conclusion, c'est un roman difficile à chroniquer et d'ailleurs ma chronique ne lui rend absolument pas justice et le mieux est de le lire pour en découvrir l'atmosphère et le charme. En tout cas, si vous voulez découvrir le petit Edgar Mint et sa machine à écrire Hermes Jubile, lisez-le !

Note :



Le livre fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
19/26

et du  Challenge Read in English d'Avalon
  32

12 septembre 2014

Confessions d'un gang de filles de Joyce Carol Oates

Titre original : Foxfire, Confessions of a Gang Girl

Résumé :
Au milieu des années 50, dans un quartier populaire d'une petite ville ouvrière, 5 adolescentes créent un gang, Foxfire, pour se venger des humiliations que la vie leur apporte et surtout celles des hommes...




Mon avis :
Il y a un peu moins de deux ans, j'avais découvert Joyce Carol Oates à travers Fille noire, fille blanche et qui m'avait beaucoup plu. Cette année, j'ai décidé de la réinscrire dans mon challenge ABC et j'ai opté pour ce Confessions d'un gang de filles. J'avais entendu parler du film de Laurent Cantet dont le pitch m'avait attirée (mais que je ne n'ai pas vu) et c'est tout naturellement que j'ai eu envie de découvrir cette histoire via son auteur. Et cette histoire âpre et brutale m'a énormément plu.

Fin 1952, Legs et Maddy créent Foxfire, un gang de filles auquel vont venir s'ajouter Goldie, Lana, Rita. Dans leur quartier populaire d'une petite ville ouvrière de l'état de New York, les 5 jeunes filles vont s'en prendre aux nantis, et aux hommes surtout, et être entraînées dans une spirale de violence au dénouement dramatique...

Confessions d'un gang de filles est La fureur de vivre (film de Nicholas Ray avec Jame Dean) version féminine. Film qui se passait d'ailleurs à la même époque. C'est donc le portrait d'une jeunesse en crise et sans trop d'espoir que dresse Joyce Carol Oates. Sans espoir pour les filles surtout, qui, à cette époque n'ont pas d'autres choix que d'être mignonnes, qui sont vouées à être mère très jeunes, ou secrétaires pour les plus chanceuses et que les hommes reluquent dès qu'elles ont atteint la puberté. Ajoutez à cela que Foxfire se passe dans un quartier populaire, où la misère et le manque d'espoir sont le quotidien, l'alcoolisme et la violence le remède à tout problème...

C'est une histoire très réaliste que brosse l'auteur, si réaliste que parfois on se demande s'il n'y a pas une part d'autobiographie dans son récit, où Joyce serait en fait Maddy la chroniqueuse. C'est là tout son talent, nous donner l'impression de lire un documentaire alors qu'il s'agit d'un roman.

C'est un livre qui va crescendo, aussi bien dans l'histoire que dans notre intérêt. Au début, ça m'a plu mais sans plus mais au fur et à mesure que j'ai avancé, que j'ai mieux fait connaissance avec les jeunes filles, que je me suis attachée à elles et à leur besoin sauvage de faire quelque chose, de vivre, de se sortir de leur carcan, de se rebeller, je me suis surprise à aimer passionnément leur histoire. Je ne dis pas que ce fut un coup de coeur mais pas loin.

Et pourtant, ce n'est pas une chronique facile à rédiger. Cela fait une semaine que je suis dessus, que j'essaie de trouver les mots pour vous parler de ce livre choc, de vous retranscrire ce que j'ai éprouvé à le lire... Il y a des scènes fortes et violentes (notamment une scène avec une naine...), poignantes parfois, bref c'est une lecture qui prend souvent aux tripes et on se demande comment ces jeunes filles vont se sortir de cette spirale infernale, si jamais elles s'en sortent... Sans vous laissez préjuger du dénouement, j'ai d'ailleurs beaucoup penser à Thelma et Louise vers la fin...

Margaret Sadovski, dite Legs, est le personnage central de cette histoire. La leader de Foxfire, celle qui est le plus écorchée vive. Difficile de s'attacher à elle au début car elle ne fait rien pour l'être (attachante) et pourtant, on se surprend à éprouver de l'empathie pour tout ce qu'elle traverse (et elle est bien malmenée par la vie). J'ai beaucoup aimé ce personnage fort.

Madeleine Witz, Maddy-Monkey, est la narratrice, la chroniqueuse du gang. Difficile de la cerner, de connaître ses motivations à rejoindre le gang, si ce n'est un besoin de reconnaissance ou de faire partie de quelque chose. Je ne l'ai pas forcément appréciée car elle manque de caractère (mais difficile d'exister face à Legs) mais sa vision des choses est intéressante.

Difficile pour les autres personnages d'être aussi consistants, bien sûr il y a Rita, l'ado devenue trop vite une femme ou encore Goldie, la brute de la bande mais touchante avec son chien Toby. Et puis il y a Marianne Kellog, qui ne fait pas partie de la bande et est l'antithèse de Legs, bien élevée, vivant dans les quartiers riches, bonne chrétienne.

Le style du roman est assez surprenant. L'auteur emploie un langage assez familier pour coller aux personnages adolescents en pleine rébellion mais on sent l'écriture littéraire derrière et cela donne parfois un contraste assez étonnant mais très agréable à lire. Dans l'ensemble, sa plume est à l'image du livre, percutante, brute de décoffrage, employant sans distinction le présent ou le passé et la narration de Maddy étant alternativement à la première personne du singulier et à la 3e. J'ai été désarçonnée un peu au début mais cela m'a permis aussi de bien m'immerger dans cette histoire.

En conclusion, voilà un livre fort (et écrit en 1993) sur une bande de jeune filles en pleine rébellion à une époque où n'existaient pratiquement que des gangs de garçons. Je mesure ma difficulté à rendre justice à cette histoire violente et qui prend aux tripes mais j'espère vous avoir donné envie de le découvrir. Et si vous voulez découvrir Legs, Maddy, Goldie et leur gang de filles, connaître leur destin, lisez-le.

Note :



Il fait partie du Challenge ABC 2014 de Nanet
18/26